La peste est restée dans les mémoires de nos civilisations comme un fléau majeur et il y a de quoi. Au 14ème siècle, elle aurait réduit la population française de 40% ; je vous laisse faire le calcul aujourd’hui. Vous comptez comme moi ? Cela ferait près de 30 millions de morts aujourd’hui en France. Vive les antibiotiques, non ?

On est maintenant bien loin de cette époque, mais néanmoins, la peste est aujourd’hui considérée par l’OMS comme une maladie réémergence. Notamment, elle a connu cet été une flambée épidémique à Madagascar. Ah bon ? La peste existe donc toujours ? Eh oui, si la maladie a quasiment disparu en Europe il n’en va pas de même de l’Afrique, surtout, mais aussi de l’Asie – notamment la Chine, de l’Amérique du sud, et même des États-Unis ou surviennent régulièrement des cas de peste à l’ouest du pays.

Madagascar est depuis longtemps un terrain favori pour cette maladie. L’épidémie de cet été, vite connue de tous à notre époque ultra médiatisée, a fait peur. Elle a même fait renoncer certains à leur séjour sur la grande île. Mais est-ce que c’était justifié ?

La peste est une maladie des rats, qui la partagent sans vergogne avec l’homme à l’aide de puces qui transportent sa bactérie de l’animal à l’homme. Mais elle peut aussi être transmise par voie aérienne d’homme à homme. Cette bactérie, très virulente, est toutefois sensible aux antibiotiques et la maladie peut être traitée très efficacement, pourvu que le traitement soit entrepris sans trop traîner.

Lorsque l’on voyage vers une zone épidémique, comme ce fut le cas cet été à Madagascar, pas de raison de paniquer. Il faut seulement prendre connaissance des mesures de protection à prendre, et les appliquer. Quelles sont ces mesures ? Assez simplement de se protéger contre les piqûres de puces, d’éviter tout contact avec des animaux morts, avec du matériel potentiellement infecté, et de s’abstenir de tout contact rapproché avec des personnes atteintes de peste pulmonaire. Évident, non ?

Et si au retour, on a de la fièvre, ou tout autre signe, comme toujours, on file chez le médecin et on lui signale son séjour en décrivant bien son voyage. Il n’est aucunement conseillé de prendre un traitement antibiotique préventif. Et enfin, il n’y a pas de vaccin acceptable ; mais serait-ce bien utile ? Vous aurez compris que non.

Au final, aucun cas lié à des voyages internationaux n’a été signalé, nous dit l’OMS. On voit donc que renoncer à aller à Madagascar à cause de la peste était une bien mauvaise idée.

J’ouvre aujourd’hui une petite série sur des maladies qui sont pour nous des maladies d’autrefois mais qui sont malheureusement toujours présentes dans de nombreux pays. Nous parlerons de la fièvre jaune, de la rage, de la peste et du choléra qui hantent encore l’imaginaire collectif, et pas sans raisons.

Commençons par la fièvre jaune. À la fin de 2017, les autorités sanitaires françaises ont durci leur position quant à la vaccination contre la fièvre jaune pour les voyageurs atterrissant en Guyane. Le vaccin est obligatoire pour se rendre en Guyane, mais en sus, les autorités ont demandé aux compagnies aériennes de ne plus accepter l’embarquement des voyageurs vaccinés moins de dix jours avant leur départ. Selon le règlement sanitaire international, tous les pays ou sévit la fièvre jaune doivent contrôler aux frontières la validité de la vaccination avant de laisser entrer une personne sur leur territoire.

Cette décision fait suite à une épidémie de fièvre jaune au Brésil et à un décès à Cayenne, qui nous donnent l’occasion de revenir sur ce fléau. La fièvre jaune sévit par épidémies, depuis que la colonisation l’a découverte au seizième siècle ; et l’a même ramenée en Europe. Mais ce n’est qu’à la fin du dix-neuvième siècle que l’on a compris qu’elle était transmise par la piqûre d’un moustique, du genre aedes en l’occurrence, comme le moustique tigre, mais cette fois, ce n’est pas lui, c’est un cousin.

Cette découverte a permis de faire disparaître la maladie en Amérique centrale grâce à des campagnes de démoustication. Fort de ce succès, on a mené les mêmes opérations au Brésil, mais elles n’ont pas eu le même succès : on s’est alors aperçu que le virus trouvait refuge chez les singes qui pouvaient à nouveau le transmettre à l’homme à travers les moustiques. La fièvre jaune sera donc toujours prête à sortir du bois, et sauf à éradiquer les singes, elle restera une maladie que l’on ne peut envisager de faire disparaître comme vous l’aurez compris.

Comme beaucoup de maladies, elle passe souvent inaperçue ; on est infecté sans même s’en apercevoir. Malheureusement parfois, elle se complique et devient est alors mortelle dans 50% descas. Et comme la fièvre jaune se répand par épidémies, d’autant plus sévères que les moustiques y abondent et que les populations y sont nombreuses, elle est un problème de santé publique pour les pays où elle sévit.

La fièvre jaune touche l’Afrique sud saharienne et l’Amérique tropicale ; elle n’est pas présente en Asie. Elle peut toujours de provoquer des flambées épidémiques, où que ce soit dans le monde, si elle est ramenée par un humain. Le moustique vecteur est, en effet, présent partout et tout disposé à la transmettre. En France, les derniers cas diagnostiqués l’ont été à Saint-Nazaire il n’y a guère plus d’un siècle ; et sur 11 cas déclarés, 7 sont décédés.

L’Afrique a récemment connu des épisodes en Angola, et en RDC. La dernière épidémie est brésilienne, en 2017, qui a même été cause au mois d’octobre de la fermeture d’un parc national. Bref, la fièvre jaune est un risque pour les voyageurs mais qui peut être prévenu facilement puisqu’il existe un vaccin très efficace avec lequel une seule injection suffit pour être protégé à vie. Attention, l’immunité s’installe progressivement et il faut donc le faire au moins 10 jours avant d’aller en zone à risque. Et si vous êtes prévoyant, 30 jours, c’est encore mieux.

Comme nous l’avons dit au début, la vaccination est donc obligatoire dans les pays touchés par la fièvre jaune. Les contrôles sanitaires aux frontières se feront forts de vous le rappeler. Il faut donc impérativement vérifier si votre voyage nécessitera cette vaccination. Petit conseil : à une même frontière, la vaccination peut être exigée si l’on vient d’un pays où sévit la maladie, mais pas si l’on vient d’un pays où il n’y en a pas. Par exemple. Pour aller de France au Brésil la vaccination ne sera pas exigée. Si par contre vous arrivez de Colombie, de Guyane, de Bolivie ou d’Afrique, elle sera exigée.

N’oubliez pas de vérifier !
Aujourd’hui nous partons au zoo pour essayer de discerner quels sont les animaux les plus dangereux. Les craintes que l’on a des animaux lorsque l’on voyage sont-elles fondées ? Pour répondre à cette question, regardons le nombre de morts causés par les différents animaux que l’on peut croiser lors d’un voyage. Les chiffres sont à prendre dans leur relativité plutôt que dans leur valeur absolue car il n’y a évidemment pas de statistiques mondiales certaines sur le sujet.
D’abord, l’effrayant requin croqueur de surfeur est-il à craindre ? eh bien sauf à se jeter sous ses ailerons pas vraiment ; il est responsable de 10 morts par an ; c’est le moins dangereux de notre palmarès, à égalité avec le grand méchant loup.
Qu’en est-il des animaux sauvages, les célèbres big five ? On estime qu’ils tuent entre 100 et 200 humains chaque année. À égalité avec l’éléphant, mais bien moins que l’hippopotame : c’est un des plus dangereux gros animaux, qui tue 4 à 5 fois plus que les précédents. Ce n’est pas rien, si ce n’est en comparaison des suivants.
Car plus dangereux sont des tout petits animaux, les parasites – eh oui ce sont des animaux – comme le ténia qui tue 2 000 humains par an. Et c’est 5 fois moins que la mouche tse tse et la réduve qui injectent un trypanosome, tuant par la maladie du sommeil une dizaine de milliers de personnes chaque année.
Vient ensuite le chien qui peut transmettre la rage, et le serpent, l’un et l’autre causent quelque 50 000 décès par an. C’est un peu moins que l’ascaris, cause, lui, d’une parasitose intestinale.
Vient ensuite la bilharziose, dont le parasite est hébergé par un petit escargot d’eau et que l’on contracte en se baignant en eau douce. Ce sont des dizaines de millions de personnes qui sont contaminées chaque année, et des dizaines de milliers qui en mourront. Mais tout cela est très relatif par rapport aux deux prédateurs majeurs qui dominent ce triste palmarès. Avec près d’un demi-million de ses semblables tués, l’homme arrive tristement en deuxième position.
Et la tête est occupée par le plus redoutable des animaux tueurs de la planète qui est, vous l’aurez deviné, le moustique, responsable, lui, de plus d’un million de morts de notre espèce. Certes ce n’est pas directement, mais à travers les maladies qu’il transporte au premier rang desquelles le paludisme ; mais il transmet aussi la dengue, la fièvre jaune, le chikungunya le virus zika, le west Nile virus et j’en passe de plus exotiques.
Certaines de ces maladies se traitent ; mais contre d’autres il n’y a aucun traitement. Alors que peut-on faire ? eh bien éviter autant que faire se peut les piqûres de moustiques et l’on diminuera d’autant le risque qu’ils nous transmettent de vilaines maladies. Si vous voulez savoir comment, retournez voir les épisodes précédents de mes petites interventions.
Comme chaque mois, profitez des conseils du Dr Jean-Michel Lichtenberger, dont l'association Voyages et Santé gère le centre de vaccinations d'Air France.

Nous allons traiter aujourd’hui des causes de rapatriement. Les statistiques des compagnies en charge de vous ramener de l’autre bout du monde quand vous en avez besoin sont intéressantes, car elles permettent d’appréhender les domaines où notre attention doit se porter ; et si possible où nous pouvons mener des actions de prévention. Sans surprise la première cause, ce sont les traumatismes, de toutes natures, qu’ils soient dus à un accident de la route, une agression, une chute, etc. Ils représentent près de la moitié des causes de rapatriement.

La seconde cause, ce sont les problèmes cardio-vasculaires. Ceux-ci ne sont pas spécifiquement dus au voyage, car leur fréquence est comparable en voyage ou à domicile. Autrement dit, on ne fait pas plus d’AVC ou d’infarctus en voyage qu’à la maison. La troisième cause par contre est plus surprenante puisqu’il s’agit des causes psychologiques, ou psychiatriques. Pourquoi diable ? Essayons de le comprendre.

D’abord, tout voyage est source de stress, pour ne pas dire qu’il est en soi anxiogène. Chacun est déjà fragilisé par le voyage lui-même, les angoisses des horaires, du vol, de la douane, puis le dépaysement vers d’autres cultures, la difficulté à les comprendre parfois, à s’y adapter, qui demandent un effort qui mobilise des ressources psychologiques. Toute fragilité de ce côté entraîne donc un risque de décompensation comme on dit. La fatigue et le jetlag n’arrangent rien et on trouve là les premières causes de rapatriement précoce.

La décompensation, c’est, disons, la révélation d’un problème sous-jacent et ordinairement équilibré dans son environnement habituel mais que révèlent les circonstances du voyage et les secousses provoquées par les éléments déstabilisants que nous avons décrits.

Pour certains, le problème psychiatrique préexistant est lui-même la source du voyage. Les psys parlent de voyage pathologique dont il existe de nombreuses causes et de formes, de ceux qui pensent fuir leurs problèmes en voyageant à ceux qui partent pour un dernier voyage, se sachant condamnés, à tort ou à raison d’ailleurs.

Il y a aussi parfois l’abus de substances pas vraiment licites, lors de voyages festifs où les inhibitions sont levées, du simple fait du voyage où tout à coup certains, libérés des contraintes de leur environnement, s’imaginent permises beaucoup de choses qu’ils n’imagineraient pas se permettre d’ordinaire.

Dans le même registre, on parle de plus en plus de voyages chamaniques, notamment en Amazonie, où certains vont expérimenter des situations folles qui ne les conduit pas toujours qu’au nirvana.

Cette pathologie psy du voyage a amené à décrire quelques syndromes que je ne vous citerai que rapidement : le syndrome de Jérusalem, forme de délire mystique où l’on part convertir le monde ; le syndrome de Stendhal, extase et angoisse à la vue d’œuvres d’art qui font déborder d’émotion ; le syndrome indien, hallucinatoire et mystique, le syndrome des Japonais à Paris qui passent d’Amélie Poulain aux trottoirs de Barbès sans comprendre… Bref, bien des raisons de ne pas se retrouver très bien dans sa tête, jusqu’à avoir besoin d’appeler sa compagnie d’assistance au secours… Laquelle évitera de prendre trop de risques devant un tableau inquiétant, comme tel est bien son métier.