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Comme chaque mois, profitez des conseils du Dr Jean-Michel Lichtenberger, dont l'association Voyages et Santé gère le centre de vaccinations d'Air France.

Nous allons traiter aujourd’hui des causes de rapatriement. Les statistiques des compagnies en charge de vous ramener de l’autre bout du monde quand vous en avez besoin sont intéressantes, car elles permettent d’appréhender les domaines où notre attention doit se porter ; et si possible où nous pouvons mener des actions de prévention. Sans surprise la première cause, ce sont les traumatismes, de toutes natures, qu’ils soient dus à un accident de la route, une agression, une chute, etc. Ils représentent près de la moitié des causes de rapatriement.

La seconde cause, ce sont les problèmes cardio-vasculaires. Ceux-ci ne sont pas spécifiquement dus au voyage, car leur fréquence est comparable en voyage ou à domicile. Autrement dit, on ne fait pas plus d’AVC ou d’infarctus en voyage qu’à la maison. La troisième cause par contre est plus surprenante puisqu’il s’agit des causes psychologiques, ou psychiatriques. Pourquoi diable ? Essayons de le comprendre.

D’abord, tout voyage est source de stress, pour ne pas dire qu’il est en soi anxiogène. Chacun est déjà fragilisé par le voyage lui-même, les angoisses des horaires, du vol, de la douane, puis le dépaysement vers d’autres cultures, la difficulté à les comprendre parfois, à s’y adapter, qui demandent un effort qui mobilise des ressources psychologiques. Toute fragilité de ce côté entraîne donc un risque de décompensation comme on dit. La fatigue et le jetlag n’arrangent rien et on trouve là les premières causes de rapatriement précoce.

La décompensation, c’est, disons, la révélation d’un problème sous-jacent et ordinairement équilibré dans son environnement habituel mais que révèlent les circonstances du voyage et les secousses provoquées par les éléments déstabilisants que nous avons décrits.

Pour certains, le problème psychiatrique préexistant est lui-même la source du voyage. Les psys parlent de voyage pathologique dont il existe de nombreuses causes et de formes, de ceux qui pensent fuir leurs problèmes en voyageant à ceux qui partent pour un dernier voyage, se sachant condamnés, à tort ou à raison d’ailleurs.

Il y a aussi parfois l’abus de substances pas vraiment licites, lors de voyages festifs où les inhibitions sont levées, du simple fait du voyage où tout à coup certains, libérés des contraintes de leur environnement, s’imaginent permises beaucoup de choses qu’ils n’imagineraient pas se permettre d’ordinaire.

Dans le même registre, on parle de plus en plus de voyages chamaniques, notamment en Amazonie, où certains vont expérimenter des situations folles qui ne les conduit pas toujours qu’au nirvana.

Cette pathologie psy du voyage a amené à décrire quelques syndromes que je ne vous citerai que rapidement : le syndrome de Jérusalem, forme de délire mystique où l’on part convertir le monde ; le syndrome de Stendhal, extase et angoisse à la vue d’œuvres d’art qui font déborder d’émotion ; le syndrome indien, hallucinatoire et mystique, le syndrome des Japonais à Paris qui passent d’Amélie Poulain aux trottoirs de Barbès sans comprendre… Bref, bien des raisons de ne pas se retrouver très bien dans sa tête, jusqu’à avoir besoin d’appeler sa compagnie d’assistance au secours… Laquelle évitera de prendre trop de risques devant un tableau inquiétant, comme tel est bien son métier.